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Redonner les larmes aux yeux

Publié le :
20/01/2020 à 10:39

Des collyres conçus à partir de prélèvements sanguins pour traiter le syndrome de sécheresse oculaire sévère.

 

Picotements, sensations de brûlures ou de grains de sable dans les yeux, baisse de la vision, sensibilité à la lumière, maux de tête, absence de larmes… la sécheresse oculaire est un trouble fréquent et souvent bénin. Mais dans ses formes sévères, lorsque les traitements conventionnels n’agissent pas, il peut devenir un véritable calvaire pour les patients qui se retrouvent dans un état de souffrance permanent, souvent incapables d’assurer une activité professionnelle ou de maintenir une vie sociale.

 

À l’Hôpital de la Timone, le syndrome de sécheresse oculaire sévère représente environ 25% des motifs de consultation en ophtalmologie. Grâce à une collaboration étroite avec le Laboratoire de culture et thérapie cellulaire et la Pharmacie à Usage Intérieur (PUI), le service d’Ophtalmologie est en mesure de proposer un traitement à ces patients qui seraient autrement dans une impasse thérapeutique. Cette thérapie de recours s’appuie sur l’élaboration pour chaque patient d’une préparation biologique personnalisée, préparée grâce à son sang : un collyre de sérum (fraction non cellulaire du sang) autologue.

 

Beaucoup plus proche des larmes naturelles dans sa composition que les collyres classiques, cette préparation contient des facteurs de croissance qui vont contribuer à la régénération de la cornée. Son caractère autologue (produit biologique issu du patient lui-même) garantit une très grande tolérance et à ce jour aucun effet indésirable n’a été rapporté. Avant délivrance, chaque lot nouvellement produit est en outre mis en quarantaine entre 10 et 12 jours pour vérifier sa stérilité. Cela nécessite un environnement de production hautement spécialisé et optimal en termes de sécurité.

 


 

 

Le collyre de sérum autologue doit être administré pendant plusieurs années à raison de 8 fois par jour. Cela génère au niveau des différents services impliqués une activité très importante, d’autant que l’AP-HM est le seul centre de la région à réunir les compétences multidisciplinaires requises pour ce type de médicament biologique innovant. Les enfants souffrant de syndrome sec sont également concernés par le dispositif et certains patients viennent de loin pour pouvoir en bénéficier. Les équipes se sont organisées de manière à pouvoir répondre efficacement à cette demande exponentielle en simplifiant au maximum les étapes du parcours de soins, de la détection des troubles au prélèvement sanguin jusqu’à la délivrance du collyre, en passant bien sûr par la phase de production en laboratoire.

 

S’il demeure relativement contraignant pour les patients (préparation impérativement réfrigérée devant être utilisée 8 fois par jour et renouvelée tous les mois avec passage à la rétrocession de l’hôpital), le traitement augmente considérablement leur qualité de vie. Pour les personnes résidant loin de Marseille, la PUI de l’Hôpital de la Conception s’est rapprochée d’autres PUI, notamment des hôpitaux d’Avignon et d’Arles, afin que des courses déjà programmées puissent inclure l’acheminement de leurs collyres dans de la carboglace.

 

Grâce à cet investissement total des équipes, l’AP-HM est, depuis déjà plusieurs années, l’un des centres en France (une dizaine seulement) à proposer ces soins spécialisés, auxquels sont associés un travail continu d’innovation et de recherche. Ce circuit unique ainsi que les résultats cliniques des patients soignés à l’AP-HM ont d’ailleurs récemment abouti à une publication internationale de haut niveau dans la revue The Ocular Surface.